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Le Comité Poétique est composé de quatre lecteurs anonymes. Il partage ses coups de cœur avec vous.


KIKI DIMOULA

Publié par Le Comité Poétique sur 13 Janvier 2014, 11:08am

Catégories : #Poésie avec Kiki Dimoula

Le Peu du Monde, Poésie/Gallimard, pp.19-21, 2010. Traduit du grec par Michel Volkovitch

Le Peu du Monde, Poésie/Gallimard, pp.19-21, 2010. Traduit du grec par Michel Volkovitch

Because those wings are no longer wings to fly
T.S ELIOT

Passée

 

Je marche et la nuit tombe.

Je décide et la nuit tombe.

Non, je n’ai pas de chagrin.

 

J’ai été curieuse et studieuse.

Je sais un peu de tout. Rien qu’un peu.

Le nom des fleurs quand elles se fanent,

et quand les mots verdissent et quand nous avons froid.

La serrure des sentiments si simple à ouvrir

avec la moindre clé d’oubli.

Non, je n’ai pas de chagrin.

 

Passée par des journées de pluie

je me suis tendue derrière

ces barbelés liquides

patiente, inaperçue,

comme la douleur des arbres

quand l’ultime feuille les quitte

et comme la peur des courageux.

Non, je n’ai pas de chagrin.

 

Passée par des jardins, m’arrêtant aux fontaines

j’ai vu plein de petites statues sourire

à d’invisibles causes de joie.

Et des petits Amours vantards.

Leurs arcs bandés sont apparus

demi-lunes dans mes nuits mes rêveries.

J’ai fait bien des beaux rêves

et me suis vue oubliée.

Non, je n’ai pas de chagrin.

 

J’ai beaucoup marché parmi les sentiments,

les miens et ceux des autres,

et il restait toujours de la place entre eux

pour le passage du temps si large.

Passée par des bureaux de poste j’y suis repassée.

J’ai écrit, réécrit des lettres

et inlassable j’ai prié le dieu des réponses.

J’ai reçu des cartes brèves :

cordial adieu de Patras

et les salutations de la vieille Tour de Pise.

Non, je n’ai pas de chagrin de voir le jour vieillir.



J’ai beaucoup parlé. Aux gens,

aux lampadaires, aux photos.

Beaucoup aux chaînes aussi.

J’ai appris à lire les mains

et à perdre les mains.

Non, je n’ai pas de chagrin.

 

J’ai même voyagé.

Je suis allée par-ci, allée par-là…

Partout le monde prêt à vieillir.

J’ai perdu par-ci, perdu par-là.

Perdu à cause de mon attention

et de mon inattention.

Je suis allée aussi à la mer.

On me devait une étendue. Disons que je l’ai eue.

J’ai craint la solitude

j’ai imaginé des gens.

Je les ai vus tomber

de la main d’une poussière tranquille,

qui traversait un rayon de soleil

et d’autres du son d’une cloche minuscule.

J’ai retenti dans des carillons

de désert orthodoxe.

Non, je n’ai pas de chagrin.

 

J’ai même pris feu et me suis consumée.

J’ai même eu droit à l’expérience des lunes.

Leur disparition au-dessus des mers et des yeux,

obscure, m’a aiguisée.

Non, je n’ai pas de chagrin.

 

Autant que j’ai pu j’ai résisté au fleuve

quand il était plein d’eau,

j’ai vu de l’eau tant que c’était possible

dans les rivières à sec

et elles m’ont emportée.

 

Non, je n’ai pas de chagrin.

La nuit tombe à l’heure juste.

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