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Le Comité Poétique est composé de quatre lecteurs anonymes. Il a simplement l'ambition de traverser la Pangée poétique avant le grand saut. Il est à l'écoute de la multiplicité des voix et surtout et avant tout attentif au talent.Depuis peu, les propositions spontanées sont les bienvenues. Alors, nous vous attendons !


Lucien Becker : « A la tombée du plafond ».

Publié par Le Comité Poétique sur 11 Novembre 2013, 08:37am

Catégories : #Poésie avec Lucien Becker

A Jacques Nielloux, son ami de toujours.

1.

Le vent n'a pas voulu votre haleine l'oreiller s'est vidé de sommeil Les colchiques sont des étoiles épuisées et le matin glisse sur eux de son pas mouillé de paupières pleines Les bas mal tirés de l'aube s'éclairent à peine de cuisses vernies La fausse éloquence des usines le rire faux des fenêtres ne veulent plus se taire Les murs se regardent sans comprendre La buée est restée l'écorce docile des maisons La tête ne pense pas dans la gelée des vitres derrière la fenêtre il y a un grand vide que ne peut chasser la main Un vent fumeux un vent décapité déborde au-dessus des trottoirs amassés contre les portes closes Pas un couteau de soleil dans le dos la voix de la femme a la forme de sa robe une tête sans yeux regarde derrière nos têtes des signaux indéchiffrables heurtent nos certitudes La pluie qui scie la porte a pourri tant de cadavres mal enterrés La lumière ne peut plus remonter retenue dans les lampes livides et dans les bouteilles bues

2.

Le jour fait de grands gestes de sa main prise dans le volet mais la fenêtre est levée comme un couteau Le miroir est profond de toute la chambre Le rideau n'est pas encore hésitant du passage féminin de la lumière la tête coupée de sommeil est sur le lit La rue passe sur le plafond et la suie de l'obscurité tombe s'arrête à l'accueil des portes vitrées droites dans leur col Comme une montre le jour avance avec le bruit que fait le pont sortant de l'herbe Le dormeur est toujours mort de ses paupières collées comme des fruits privés d'air

3.

Un oiseau chante dans les couloirs de l'espace où la solitude est égale et stable entre les feuilles La lumière déforme les regards enferme l'ombre dans son étui de soleil Quelque part un piano se défend de pleurer un tas de feuilles mortes respire doucement quelque part dans une maison calme le jour se peigne à travers les volets les toits ne bougent pas malgré leur fièvre les cheminées sont droites comme des plantes et le ciel monte d'elles très haut vers le soleil vers l'horizon où s'attache la hanche de la terre une feuille d'ortie transparente de lumière un moulin de verre bat sur la ville nocturne un coup d'aile de clarté dévaste la terre la grande peur se retire des espaces visibles

Extrait de Rien que l’amour, Editions La Table Ronde, 2006.

Ici sont repris les trois premiers poèmes, seulement, de A la tombée du plafond, d’où la numérotation qui n’est pas un artifice ni le fruit d’un caprice mais bien celle que l'on retrouve dans le recueil. LPC

Lucien Becker : « A la tombée du plafond ».

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