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LES MOTS PLUS  HAUTS.over-blog.com

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Le Comité Poétique est composé de quatre lecteurs anonymes. Il a simplement l'ambition de traverser la Pangée poétique avant le grand saut. Il est à l'écoute de la multiplicité des voix et surtout et avant tout attentif au talent.Depuis peu, les propositions spontanées sont les bienvenues. Alors, nous vous attendons !


Brigitte Giraud : inédit.

Publié par Le Petit Comité sur 31 Juillet 2014, 11:24am

Catégories : #Poésie avec Brigitte Giraud

Passage

 

 

 

Dans le passage,

le temps de la vie et le poids du temps

nous ligotent.


 


 

Kidnapping dans une fissure.

Par instant, on voudrait éteindre le ciel,

ne garder qu'une lanterne,

en tamis de quelques mots.

Et une cigarette.

Tu te souviens que tu avances longtemps

dans le passage,

des ombres  devant toi, des silhouettes, un corps,

"aveugle", tu dis, à assembler, vaille que vaille,

les pièces d'un lego.

Tu vides le mouvement des mains sur la table,

des sacs de mains,

tu allèges tes paumes.

Tu attrapes à l'épuisette

des baisers, des bouts de monde.

Tu voudrais apprendre

ce qui tient dans les songes.


 


 


 

Les lisières de la nuit et du jour

chiffonnent un continent oublié quelque part, tu ne sais pas où,

un immense campement dans un souffle.

Sous la parure, les âmes

s'évitent quoi qu'on puisse en saisir.

Le café déborde de la tasse

et se fige par terre.

 

   Dans la nuit deux âmes cherchent où s'agripper.

Un rêve relève la tête.

Au fond de ta voix, le passage ressemble à la nuit.  

La solitude pèse une loupiote mal fagotée sur la table.

Il faudra la taire. Et briser la séparation.

 

Un paquet de braise craque sous la pluie.

Qu'aurons-nous vu dans ce temps de brouillard ? 

Des siècles ont murmuré yeux, doigts et langues.

Écoute-moi, regarde-moi, donne ton éclat, et tes branches

ta peau d'écorce et tes racines,

ta respiration de mousse,

ton désarroi  ......et ta perdition.

Ton apaisement, ta perdition,

le long de toi, ta perdition,

de tes hanches, ta perdition.

Nos regards, perdition !

  "Laisse-moi voir, s'il te plaît, laisse-moi voir

la beauté fracassée"

Je ne sais rien saisir.

Le passage est plus loin.

Devant moi.


 

Souvent.

Une frontière dans les yeux.

L'autre quai, l'autre côté de la rue, l'autre bout de la place.

Par-dessus l'épaule.

Tu rassures la nuit, chuchotements, criailleries, 

manière de ne pas porter trop loin le regard,

de tenir la ligne,

l'horizon à ta guise,

à ce qui t'est possible de maintenir sans caillot d'ombres,

un ruban de fumée, oui, mais pas trop dense, 

pas trop mélancolique.

Tu dis que tu as une poussière dans l'œil et ce n'est pas vrai.

Tu ne fixes rien,  ça ne te vaut rien, la noirceur qui naufrage le rimmel.

Tu voudrais ramasser des hérons,

des cailloux avec des bouches,

 un morceau de bois au bout d'une phrase,

des trucs qui auraient de la gueule.


 

 

Le passage est indéfini.

Sa frontière est floue.

L'heure du jour est une pensée anxieuse, 

sans importance

de ce qui se rejoint

de ce qui se disjoint

de ce qui s'attarde

ou se sépare dans le vent.

 

 

 

La mémoire s'étire dans un ruban de fumée

déroulé,

l'instant en nous

dilaté,

miroir et réverbération,

écho de l'entre-deux mondes,

là-bas et ailleurs.

Où est-ce maintenant ?

dont je ne sais rien, 

sauf la voix sur tes lèvres,

sauf les yeux imaginés,

des éclats de désirs

et un chuchotement.

La voix et le regard rassemblent

la nuit.

 

On se laisse apparaître.


 


 

 Dans le passage, les mains attendent.

Le café est désert.

Il y a un type au comptoir qui a l'air de ruminer sa solitude.

Dedans/dehors, tout est lisse. 

Et la vie coule comme la pluie dégouline. Pas moins, pas plus.

Dans la beauté des bleus.


 

Tu ne sais pas comment ça commence. 

  Je te dirai

c'est une musique qui monte d'en-bas

des couloirs de promesses 

en haut de la colline

ce ciel

notre bruit qui sent le vent 

en écharpe qui traîne 

n'en finit pas de traîner

ébloui tremblé

dans les vitrines

puis

déchirées raccommodées n'importe comment

les rues dévalant la mémoire de

mes yeux 

tes empreintes digitales

et l'océan là-haut

bouche ouverte...


 


 


 

A se donner le sens perdu du monde,

est-ce qu'on meurt ?

 

 


 

Brigitte Giraud : inédit.

Brigitte Giraud est née en 1958 et vit à Bordeaux. Elle a écrit quelques recueils de poésie : Des ortolans et puis rien (éditions Pleine Page, 2005), La Nuit se sauve par la fenêtre (éditions Pleine Page, 2007, prix Jean-Follain), un essai (poétique) sur le trouble grave anorexique : Le désespoir amoureux de la vie (éditions Le Bord de L'eau, 2009) et, en 2012, son dernier livre de poésie : Seulement la vie, tu sais (éditions Rafael de Surtis, dirigées par Paul Sanda).
Elle a également publié notamment dans: N°4728 (n°17), Recours au Poème, Poème sale, Ecrits vains, Microbe, Paysages écrits, Terre à Ciel.

Elle aime la relation texte/image/ et voix en particulier dans des vidéos créatrices, en prolongement de son écriture.
Elle tient un blog où elle se fait aussi parfois passeur de textes poétiques, des terres amies.

http://paradisbancale.over-blog.com/

"Seulement la vie, tu sais" aux éditions R. de Surtis, 2012.

"Seulement la vie, tu sais" aux éditions R. de Surtis, 2012.

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Brigitte Giraud 02/08/2014 13:10

Je vous remercie de me faire place ici,
si bien entourée.
Ma journée sera bien belle, grâce à vous.

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