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Le Comité Poétique est composé de quatre lecteurs anonymes. Il a simplement l'ambition de traverser la Pangée poétique avant le grand saut. Il est à l'écoute de la multiplicité des voix et surtout et avant tout attentif au talent.Depuis peu, les propositions spontanées sont les bienvenues. Alors, nous vous attendons !


Cesare Pavese : "Trahison".

Publié par Le Petit Comité sur 1 Juillet 2014, 21:04pm

Catégories : #Poésie avec Cesare Pavese

Ce matin, je ne suis plus tout seul. Une femme nouvelle

est couchée sur le fond et pèse sur la proue

de ma barque, qui avance avec peine sur l'eau calme

encore trouble et glacée du sommeil de la nuit.

Je suis sorti du Pô tumultueux où résonnent au soleil

les vagues rapides et les cris des dragueurs, surmontant le tournant

après bien des sursauts, je me suis faufilé

sur le Sangone. « Merveilleux » a-t-elle dit

sans bouger son corps étendu, les yeux fixés au ciel.

Il n'y a pas une âme tout autour et les rives sont hautes,

plus étroites en amont et barrées de peupliers.

 

Qu'elle est gauche la barque sur l'eau calme.

Dressé à l'avant pour lever et baisser l'aviron,

je vois le bateau qui avance embarrassé : c'est la proue qui s'enfonce

sous le poids de ce corps de femme, enveloppé de blanc.

Ma compagne m'a dit qu'elle était paresseuse et elle n'a pas encore bougé.

Elle reste couchée et fixe solitaire les cimes des arbres,

elle est comme dans un lit et encombre ma barque.

Maintenant elle a mis dans l'eau une main et la laisse écumer,

et elle encombre aussi le fleuve. Je ne veux pas la voir

- sur la proue où elle étend son corps – quand elle penche la tête

et me fixe curieuse d'en bas, se soulevant un peu.

Quand je lui ai demandé de venir plus au centre et de quitter la proue,

elle m'a répondu souriant lâchement : « Pour être près de vous ? »

 

D'autres fois, ruisselant d'un plongeon entre souches et pierres,

je ramais sans arrêt au soleil jusqu'à me sentir ivre,

et abordant sur ces rives, je me jetais sur le dos,

aveuglé par l'eau et le soleil, lançant loin l'aviron,

pour que l'haleine des plantes et l'étreinte de l'herbe

apaisent ma sueur et mon souffle. Maintenant l'ombre accable

la sueur qui pèse dans mon sang et mes membres éreintés,

la voûte des arbres filtre une lumière d'alcôve.

Accroupi sur l'herbe, je ne sais pas quoi dire

et j'enlace mes genoux. Ma compagne a disparu, en riant,

dans le bois de peupliers, et je dois la poursuivre.

Ma peau est noire de soleil et elle est nue.

Ma compagne qui est blonde,en appuyant ses mains

sur les miennes pour sauter sur la grève, m'a fait respirer

de ses doigts fragiles le parfum de son corps

caché. D'autres fois, le parfum c'était l'eau

séchée sur le bois et la sueur au soleil.

Ma compagne m'appelle impatiente. Dans son habit blanc,

elle erre parmi les troncs et je dois la poursuivre.

 

Poésies variées.

Cesare Pavese : "Trahison".
Cesare Pavese

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