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Le Comité Poétique est composé de quatre lecteurs anonymes. Il a simplement l'ambition de traverser la Pangée poétique avant le grand saut. Il est à l'écoute de la multiplicité des voix et surtout et avant tout attentif au talent.Depuis peu, les propositions spontanées sont les bienvenues. Alors, nous vous attendons !


Nicolas Bouvier

Publié par Le Comité Poétique sur 30 Juillet 2014, 19:48pm

Catégories : #Poésie avec Nicolas Bouvier

 

Love song I

 

Un peu de gris, un peu de pluie

et c'en est déjà presque trop

il faut chanter si bas pour t'endormir

Circé au bord des larmes

 

frêle et fragile comme tu l'es

parfois je me demande

d'où te viennent ces larges richesses d'ombre

et dans quels jeux silencieux tu t'égares

avec cette soie dévidée dans le noir

sans doute ne sais-tu pas toi-même

pour quelle lumière inconcevable

tu as préparé tant de nuit

 

auberge aveugle du chagrin

ouverte et jamais pleine

mon beau bémol

ma douce haine

ton secret, tes couloirs

tes veines

où j'habite et retiens ma voix

 

 

Nakano-ku, Tokyo, février 1965

 

 

 

Love song II

 

Si vous voulez

peignez haut dans l'air sec vos icônes de neige

entourez-les de majuscules ornées

pendant que les flocons fondent sur votre langue

alléluia !

 

Moi j'ai d'autres affaires

je traverse en dormant la nuit hémisphérique

derrière le velours de l'absence

je retrouve à tâtons l'amande d'un visage

soie ancienne

les yeux couchés dedans

fenêtres ou je t'ai vue tant de fois accoudée

frêle et m'interrogeant

comme un signe ou comme un présage

dont on n'est pas certain d'avoir trouvé le sens

 

Le chant vert du loriot ne sait rien du silence

 

 

Nord-Japon, hiver 1966

 

 

 

Love song III

 

Quand tisonner les mots pour un peu de couleur

ne sera plus ton affaire

quand le rouge du sorbier et la cambrure des filles

ne te feront plus regretter ta jeunesse

quand un nouveau visage tout écorné d'absence

ne fera plus trembler ce que tu croyais solide

quand le froid aura pris congé du froid

et l'oubli dit adieu à l'oubli

quand tout aura revêtu la silencieuse opacité du

houx

 

ce jour-là

quelqu'un t'attendra au bord du chemin

pour te dire que c'était bien ainsi

que tu devais terminer ton voyage

démuni

tout à fait démuni

alors peut-être...

mais que la neige tombée cette nuit

soit aussi comme un doigt sur ta bouche

 

 

Genève, décembre 1977

 

 

Nicolas Bouvier
Nicolas Bouvier

« Dans un entretien, Nicolas Bouvier disait : « la poésie m'est plus nécessaire que la prose parce qu'elle est extrêmement directe, brutale – c'est du full-contact ! ». Pourtant il ne fit paraître qu'un unique livre de poésie. Écrits entre 1953 et 1997, ces poèmes forment un univers extraordinaire, celui de ce voyageur infatigable, arpenteur des beautés façonnées par la nature au gré des érosions et des accidents.

Doris Jakubec.

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