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Le Comité Poétique est composé de quatre lecteurs anonymes. Il partage ses coups de cœur avec vous.


Jean Follain : USAGE DU TEMPS

Publié par Le Comité Poétique sur 15 Octobre 2014, 07:00am

Catégories : #Poésie avec Jean Follain

Terres d'ombre

 

 

Toutes les ombres foncées et pâles

sont parfois présentes un même jour d'été;

celle-là qui viendra les cueillir

enfantera d'une fille

qui les portera sur son corps.

Dans les siècles les plus rêches

le coquelicot pourtant se joint au bleuet tendre,

le paysan qui gémit sur le temps

rêve de Sienne brûlée,

les enfants taciturnes

restent devant l'ocre des murs d'argile,

la terre quand elle est forte et rouge

est comme le sel au voyageur,

des hommes émigrent vers un pays

où le ciment est plus beau que la nacre.

Les filles éprises de langueur

sous le poids des ombres de leurs corps,

au soir, deviennent aussi dures que le fer

et dans leur tissu strict emprisonnent le jour :

les plus glorieux cavaliers

pâlissent alors jusqu'à se fondre avec les cieux.

 

 

 

Les belles noyées

 

 

Des femmes au cœur de feuillage

sur les routes poudreuses

déploient des ombrelles,

elles courbent des reins souples

pour tout au bord du fleuve

cueillir des fleurs doubles ;

mais poussées par la main

d'un libertin cynique

elles tombent dans l'eau verte

qui reflète les chênes ;

la voix d'or des enfants

répond seule à leurs cris,

la course du soleil

est aux trois quarts remplie

qu'un homme au remords voué

suit les berges attiédies

et les corps adultères

charmants au fil de l'eau

servent d'îles aux oiseaux.

 

 

Aspect de la mort

 

 

Elle pose un pied dans l'eau mortelle

la maison isolée continue

le conciliabule des pierres soudées

la boutique en est le sanctuaire

qui contient les cordes

la pierre à couteaux

le bocal de bonbons bleus

les sabots pour les pieds de douleur

le miroir en feu.

 

 

Signes pour voyageurs

 

 

Voyageurs des grands espaces

lorsque vous verrez une fille

tordant dans les mains de splendeur

une chevelure immense et noire

et que par surcroît

vous verrez

près d'une boulangerie sombre

un cheval couché dans la mort

à ces signes vous reconnaîtrez

que vous êtes parmi les hommes.

 

 

Usage du temps, Gallimard, 2003, pp. 16, 34, 217 et 219.

Portrait de Jean Follain (1903-1971), par Maurice Denis

Portrait de Jean Follain (1903-1971), par Maurice Denis

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