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Le Comité Poétique est composé de quatre lecteurs anonymes. Il a simplement l'ambition de traverser la Pangée poétique avant le grand saut. Il est à l'écoute de la multiplicité des voix et surtout et avant tout attentif au talent.Depuis peu, les propositions spontanées sont les bienvenues. Alors, nous vous attendons !


Jean Raine : cinq poèmes.

Publié par Le Comité Poétique sur 31 Décembre 2014, 21:45pm

Catégories : #Poésie avec Jean Raine

BRUGES

 

 

Le Jardin tient par un coin à la rue

la maison a poussé loin du chemin

la femme du propriétaire fait la grue

et le propriétaire ne se doute de rien

la maison est heureuse et ses larges fenêtres

respirent un bonheur calme exempt de tout souci

les murs souples l'ouvrage à la mesure

de la vie qu'un artisan besogneux du bonheur

a ourdie

non loin un chat s'apprête à l'amour

et contre la grille

un chien qui n'est pas du quartier

et que nul ne connaît

fait désinvoltement semblant de faire pipi

 

 

 

 

LE CHIGNON

 

 

Tes chapeaux étaient extravagants

de hautains peupliers s'élançaient sur les bords

et dans le mausolée central tes cheveux en prière

me faisaient frissonner quand tu le traversais

 

et puis un jour je t'ai modernisée

investie de confort jusqu'à faillir aux lois

à notre amour manquait ce tour un peu vulgaire

il me suffisait de te dire je vous aime en anglais

 

et de m'installer dans ton chignon

pour des années entières

 

 

 

 

JUST A BIT

 

 

De l'heure n'avoir rien à dire

des jours avoir fort à penser

qu'ils soient courts et courtes les années

et courtes les semaines et les jours

dont les heures inlassables fredonnent un lamento

oublier

vivre à la petite semaine

à la si petite qu'il faille multiplier

les instants par eux-mêmes

et leur produit par le profit du temps

où l'on est heureux et où l'on s'aime

du sucre a little more

dans le thé de mes peines.

 

 

 

DOUBLE FACE DU MIROIR

 

 

Ta laideur est extrême

on lit dans tes yeux morts

les rides de ton front

ta main fait le silence

sur tes blessures intimes

tu ne vois rien d'étrange

pourtant tu es absent

du rêve qui rumine

des herbes mensongères

et d'acides présents

l'eau ne te trouble pas

tout reste familier

tu cesses de rêver aux promesses lointaines

les draps sont sales et gris

sur lesquels s'amorce une aventure hautaine

tu es Narcisse

tu es parfois présent

 

 

 

MANIFESTE

 

 

L'amour et la fatigue sont des herbes audacieuses

en pots sur mon balcon

ou dans la Birmanie de mon appartement

le superbe pavot

fatigue souveraine

factrice d'alchimie

qui transforme en discours

les images surgies éparses au départ

mais promptes à se nouer

à former les cellules complexes de la graine

l'alcool provocateur excite le phénomène

une journée de boisson est celle d'un prolétaire

le salaire est inclus dans l'exténuation

 

 

 

poèmes extraits de l’Oeuvre poétique, 1943-1983, Ed. de la Différence,  pp. 85, 106, 164, 288 et 314.

 

 

 

Jean Raine : cinq poèmes.

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