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Le Comité Poétique est composé de quatre lecteurs anonymes. Il a simplement l'ambition de traverser la Pangée poétique avant le grand saut. Il est à l'écoute de la multiplicité des voix et surtout et avant tout attentif au talent.Depuis peu, les propositions spontanées sont les bienvenues. Alors, nous vous attendons !


Eugenio Montale

Publié par Le Comité Poétique sur 15 Janvier 2015, 10:36am

Catégories : #Poésie avec Eugenio Montale

« Les faucons... »

 

 

Les faucons,

toujours trop loin pour ton regard,

tu les as rarement vus de près.

L'un, à Etretat, qui surveillait

le vol pataud de ses petits.

Deux autres, en Grèce, sur le chemin de Delphes,

une seule mêlée de plumes soyeuses, deux jeunes becs

hardis, inoffensifs.

 

Tu aimais la vie en lambeaux,

celle qui jaillit et rompt sa trame

insupportable.

 

*

 

 

Hiérarchies

 

 

Plus importante est la polis que ses parties.

Plus importante est la partie que chacune de ses parts.

Le prédicat l'est plus que le prédicant

et l'arrêté l'est moins que l'arrêtant.

 

Le temps s'enfuture dans le tout,

le tout est rebut du totalisant,

l'arrivée est l'improbable dans l'arrivable,

le poussoir un pou dans le poussable.

 

*

 

 

Le temps et les temps

 

 

Le temps n'est pas unique : plusieurs rubans

glissent, parallèles,

souvent en sens contraire et rarement

s'entrecroisent. C'est quand se révèle

la seule vérité, que, dévoilée,

elle est sitôt biffée par qui surveille

engrenages, aiguillages. Puis on replonge

dans le temps unique. Mais ce fut l'éclair

où les rares vivants se sont reconnus

pour se dire, non au revoir, mais adieu.

 

*

 

 

On allait....

 

 

On allait aux champignons

sur les tapis de mousse

des châtaigniers.

 

On allait aux grillons

et les lucioles

nous servaient de phares.

 

On allait aux lézards

et jamais

je n'en ai tué un seul.

 

On allait sur les fourmis

et j'ai toujours évité

de les écraser.

 

On allait à l'abécédaire,

au bourrage primaire

second-tertiaire, mortuaire.

 

On allait sur les pistes de malheur

et je n'en ai jamais été

collectionneur.

 

On allait prendre sa gamelle,

son travail,

son congé, sa résidence surveillée,

son infortune.

 

On n'allait plus aux champignons

mais à travers les jours bien longs

d'un âge plus sûr,

que dis-je, à travers aucun jour,

car point de jour

dans la serrure.

 

*

 

 

Après une évasion

 

 

Les bouleaux étaient là, en rangs serrés, cachant

le sanatorium où, malade

d'aimer trop la vie, en suspens

entre tout et néant elle s'ennuyait.

Un grillon chantait, parfaitement inséré

dans l'ambiance clinique,

de concert avec le coucou que déjà

tu entendais en Indonésie à moindres frais.

Les bouleaux étaient là, une infirmière suisse,

trois ou quatre aliénés dans la cour,

sur la table de nuit un album d'oiseaux exotiques,

le téléphone et quelques chocolats.

Et moi aussi, naturellement, et d'autres gens barbants,

pour te donner le réconfort

que tu pouvais, toi, distribuer à foison

pourvu qu'on eût des yeux. Moi j'en avais.

 

 

Satura, édition bilingue, traduit de l'italien par Patrice Dyerval Angelini, Nrf, Gallimard, 1976.

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