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Le Comité Poétique est composé de quatre lecteurs anonymes. Il a simplement l'ambition de traverser la Pangée poétique avant le grand saut. Il est à l'écoute de la multiplicité des voix et surtout et avant tout attentif au talent.Depuis peu, les propositions spontanées sont les bienvenues. Alors, nous vous attendons !


Orhan Veli

Publié par Le Comité Poétique sur 1 Février 2015, 17:03pm

Catégories : #Poésie avec Orhan Veli

La pente

Si dans l'au-delà, le soir,

A l'heure de la fermeture de l'usine,

Le chemin qui nous ramènera à la maison

N'est pas aussi raide que celui-ci,

C'est que la mort n'est pas une si mauvaise chose.

 

 

 

Le pêcheur sicilien

Un jour dans cent ans

Plus personne du monde d'aujourd'hui ne vivra.

Un matin d'été un pêcheur des côtes siciliennes

Jettera ses filets à la mer,

Observera le ciel plus vaste que d'ordinaire

Et fredonnera un vers de moi,

Ignorant qu'un poète nommé Véli

Fut de ce monde...

 

Bien sûr cette jolie pensée

Ne se réalisera jamais.

Mais alors pourquoi

Me fait-elle cette impression ?

 

Août 1937

 

 

J'écoute Istanbul

J'écoute Istanbul les yeux clos,

D'abord le souffle d'une brise légère,

Les feuilles des arbres

Frémissent doucement ;

Au loin très loin

Les clochettes inlassables des vendeurs d'eau,

J'écoute Istanbul les yeux clos.

 

J'écoute Istanbul les yeux clos,

Là-haut viennent alors les oiseaux,

Nuées après nuées, huées après huées ;

Dans les darses on tire les filets,

Les pieds d'une femme caressent l'eau,

J'écoute Istanbul les yeux clos.

 

J'écoute Istanbul les yeux clos,

Tout frais le Grand Bazar,

Grouillant de monde Mahmutpacha1,

Des pigeons plein les cours ;

Les marteaux sonnent dans les docks,

Parfums de sueur dans l'air pur de printemps,

J'écoute Istanbul les yeux clos.

 

J'écoute Istanbul les yeux clos,

Un yah2 dans le clair-obscur de ses remises à bateaux

Se souvient de l'ivresse des grandes fêtes ;

Dans la clameur des vents du sud apaisés

J'écoute Istanbul les yeux clos.

 

J'écoute Istanbul les yeux clos,

Passe une fille sur le trottoir,

Jurons, chants, chansons, appels ;

Tombe quelque chose de sa main,

Peut-être une rose,

j'écoute Istanbul les yeux clos.

 

J'écoute Istanbul les yeux clos,

Un oiseau s'agite dans tes jupes,

Ton front est-il chaud ou non, je le sais,

Tes lèvres sont-elles mouillées ou non, je le sais ;

Une lune blanche se lève dans les pins,

Je le perçois par le battement de ton cœur,

J'écoute Istanbul.

 

01.06.1947

1Quartier populaire et commerçant d'Istanbul entourant la mosquée de Mahmut Pacha.

2: Demeure en bois construite au bord de l'eau.

 

 

Quelle étrange affaire

Cette mer est-elle aussi belle chaque jour ?

Est-ce que le ciel se montre toujours ainsi ?

Sont-ils toujours aussi beaux,

Ce meuble, cette fenêtre ?

Non,

Bon Dieu non.

Quelle étrange affaire.

 

1947

 

 

 

Poèmes extraits de Va jusqu'où tu pourras, Éditions Bleu autour, Collection « Poètes, vos papiers ! ». Traduction du turc et présentation : Elif Deniz et François Graveline. Postface : Enis Batur. Dessins : Sébastien Pignon et Eloi Valat.

 

 

 

 

 

 

Orhan Veli
Orhan Veli

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