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Le Comité Poétique est composé de quatre lecteurs anonymes. Il a simplement l'ambition de traverser la Pangée poétique avant le grand saut. Il est à l'écoute de la multiplicité des voix et surtout et avant tout attentif au talent.Depuis peu, les propositions spontanées sont les bienvenues. Alors, nous vous attendons !


Guillevic

Publié par Le Comité Poétique sur 1 Juin 2015, 11:10am

Catégories : #Poésie avec Guillevic

II

 

 

C'est vrai que j'ai flâné comme au bord d'une vie

Qui n'aurait pas de fin ; c'est vrai que j'ai perdu

Énormément de temps. Et tout ce que j'ai dû

Abandonner ou fuir manque parfois d'envie

 

Et peur aussi parfois. Oui, le chemin dévie.

Qu'est-ce que tu feras ? Tu avais entendu

Pourtant comme un appel et tu t'étais rendu

Vers lui tremblant, heureux qu'un destin te convie

 

A quelque chose qui rappelle les titans.

Cet appel trop lointain. Je suis resté longtemps

Au bout de tout cela qui compte pour un homme,

 

Moi qui croyais planer comme fait l'épervier.

Le blé ne s'est pas fait attendre ni la pomme.

Et toi, que montres-tu ? J'étais seul, sans levier.

 

 

 

 

 

VI

 

 

J'ai chanté. Le soleil enthousiasmait la plaine

et je les regardais. J'entendais les grillons

Faire tout un volume où sautaient des rayons.

C'était de ces grands jours où le ciel se surmène.

 

La vigne interrogeait pourquoi l'ombre lointaine,

Des pierres paraissaient près de la rébellion,

Cependant que pouvaient bouger des papillons

Sur des fleurs qui gardaient leurs secrets avec peine.

 

Je voyais, j'entendais, je vivais le soleil,

J'étais en mouvement dans l'immense appareil,

J'étais ce mouvement qui porte la lumière.

 

J'étais ivre, bien sûr, et de lucidité.

Ma vie avait changé. La vie était entière.

J'étais admis parmi les hommes. J'ai chanté.

 

 

 

 

 

VII

 

 

J'ai confirmé mon droit de chanter sur la terre.

J'ai chanté, j'ai laissé ma voix se promener

Pour le plaisir de dire et de s'abandonner,

De se sentir, comme le vent, élémentaire.

 

J'ai chanté. Je savais que j'étais feudataire

Des hommes de mon temps. Je me suis acharné

A chanter nos bonheurs et nos deuils alternés.

J'ai chanté notre espoir. Je ne peux plus me taire.

 

Je n'aurai pas fini. Je crois que je commence

Et je chante encor mal et la tâche est immense.

Je chanterai plus haut, je chanterai plus fort.

 

Si le sort ne vient pas m'empêcher de poursuivre,

J'aurai fait mon devoir lorsque viendra la mort,

J'aurai vécu la vie autant qu'on peut la vivre.

 

 

 

 

Extraits de L'âge mûr, in Relier (poèmes 1938-1996), Nrf, Gallimard, 2007.

Guillevic

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