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Le Comité Poétique est composé de quatre lecteurs anonymes. Il a simplement l'ambition de traverser la Pangée poétique avant le grand saut. Il est à l'écoute de la multiplicité des voix et surtout et avant tout attentif au talent.Depuis peu, les propositions spontanées sont les bienvenues. Alors, nous vous attendons !


Samuel Dudouit

Publié par Le Comité Poétique sur 27 Juin 2015, 06:26am

Catégories : #Poésie avec Samuel Dudouit

1

 

la planche s’avance très avant

loin dans la nuit de la semaine

au-dessus de gestes mécaniques

et de satoris banals d’un cerveau

décapsulé soudain

la planche est là droite perdue

et dessus

un corps comme un accident

au carrefour du sommeil et du monde

ouvert de haut en bas

sans explication

 

2

 

de quelques planches jetées

dans la rosée nocturne

de leur cérémonie immédiate

dans une des granges abandonnées de ta tête

quand l’herbe puante et froide frôle tes bottes trouées

de ces quelques planches jetées

dans le noir

ton songe te fait une table une chaise

un lit et un radeau

et si les clous l’acceptent

une belle bière inutile

 

3

 

un plancher ajouré

des pluies

on a appris la lumière des semaines durant

pendant que des noms pendus à des fils

des bouteilles alignées

des nuages

accordaient leurs silences

que ce qui donne à ton cerveau

sa saveur personnelle

se glissait dans la laine des pulls

revenait dans des photographies d’hiver

et la musique - inouïe et morte - d’autrefois

 

4

 

je ne comprends pas le mur

l’assiette les feuilles de l’arbre

la pluie n’est pas traduite dans mon pauvre langage

on reste assis devant le fleuve

à fumer sans colère

toute une pauvreté que l’on devine à peine

on lit les phrases des autres

comme on prend des taxis

l’argent du cœur file écrivais-je autrefois

mais je n’avais pas idée

 

5

 

non je n’ai pas douté

j’ai emprunté divers chemins

mis mes mots là et là

n’ai pas rendu la mise

j’ai tout volé tout jeté

en regardant par-dessus l’épaule de ce qui venait

et puis je me suis dit qu’hier savait mieux demain que moi

et qu’un pied devant l’autre

était la meilleure façon d’écrire

 

6

 

à la suite de ce que d’autres ont dit

je viens dire

aucun d’eux n’avait besoin de moi

ni moi de ceux qui me suivront

chacun est devant le trou de sa propre fontaine

le soir tombe l’aube vient

un jour de neige ou de soleil se lève

chacun est devant le ciel comme devant une frontière

invisible

qui traverse les champs

et qu’il faut franchir les yeux fermés

à la suite de ce que d’autres ont dit

je viens dire

et puis je me tairai comme tous les autres

puisque l’espace est sans fin

 

7

 

d’abord sous le signe de l’englouti

et puis ensuite assis dans l’herbe

ou sur les cailloux

la petite grammaire de ta pente

avec sa rumination de chèvre

ses silences de fâché ridicule

est comme un clou rouillé

dans une planche pourrie :

un luxe

 

8

 

aimable avec la nuit

vaguement voisin de compartiment

avec l’oubli

glissé dans le brouillard comme entre deux draps

l’animal domestique qui endeuille ta fuite

attend la neige comme un enfant

 

9

 

les oiseaux morts de l’aube

alignés sur des planches

et le sang séché de vieilles chansons

c’est tout ce qu’il restera des désertions

ensuite

l’hypnose allumera la télé

et le monde retournera dans son trou

 

10

 

à part des douleurs dans les genoux

et une inexplicable distraction

tu ressembles à ton voisin

et presque autant à son chien

une niche une laisse

une vie

et le droit de courir comme un dératé

vers des joies sans avenir

de temps en temps

 

 

Extraits de Planches, p.i.sage intérieur - 3,14 g de poésie - 2014.

Commenter cet article

egfrild 26/06/2016 08:48

j'aime particulièrement ce que je viens de lire de Samuel Dudouit. C'est riche d'images inédites et d'impressions, et sans concessions. Bravo!

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