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Le Comité Poétique est composé de quatre lecteurs anonymes. Il partage ses coups de cœur avec vous.


STÉPHANE BERNARD : POÈMES

Publié par Le Comité Poétique sur 11 Mars 2017, 12:26pm

Catégories : #Poésie avec Stéphane Bernard

 

plage dans la brume

 

dans l’angle de l’anse

sous les pins des falaises,

devançant les villas aux volets clos,

la petite plage au sable

aujourd’hui froid

épie dans la brume – qui

peint le ciel et la mer

d’un ton de ciel et de mer disparus –

la plainte mobile de la corne

grâce à quoi

je suis des yeux sans le voir

le périple d’un cargo.

il m’aura fallu marcher, marcher

pour entrer dans cette pièce

où tout

moins l'homme parle plus fort.

 

 

 

le roseau

 

je vis désormais

si peu bruyant, si disparu, si enfoui,

on pourrait quand on y pense

me croire pour jamais noyé.

mais non.

qu’on observe l'étang de ma vie

et y apparaît un roseau

qui rompt l’eau, se déplace,

fin périscope.

discret.

c'est moi

qu’on trouvera au bout,

respirant à grand-peine

mais au cœur même du pouls

froissant l’eau.

 

 

 

une forme prenante

 

ubiquité, omniprésence du jeune été

comme ici sur ce balcon maritime d’un matin

de l’ouest. les doigts doux du soleil partout

sur ta personne t’enveloppent comme

un poing affable, dans une neutralité

amicale t’isolent du dard de ta conscience

et te relaient. c’est de la non-pensée qui relaie

ta pensée. c’est du soleil fondu en un

flux de tendresse transparent qui te baigne.

ce n’est pas un lieu. pas un endroit

pour vivre. seulement il arrive – et

Camus le dit – que la mer et le soleil suffisent

pour habiter avec le moins de peines.

 

 

 

et le monde pour que tu sois

 

tout est une histoire

d’écholocalisation

et de frottement.

 

tu peux être n’importe où

ou en n’importe qui

tu te frottes et tu cries

 

c’est toi toujours

qui cognes et vibres

avec n’importe quel outil.

 

toi qui n’écoutes que toi

encore quand ce bruit

te revient qui te situe.

 

c’est dire s’il n’y a que toi

et le monde fait

pour que tu sois en lui.

 

 

 

un supplément de chair

 

tu ressens trop.

et ressentir trop ajoute à la chair

comme de la chair.

et cette chair excédentaire

est la part insupportable de ta pesanteur,

elle te force,

si tu ne retrouves l’appétit du verbe,

t’écrasera.

car le verbe est grâce,

et raffine ce supplément de chair

en vers que tu mâches et remâches.

jusqu’à t’y reconnaître

à la fois pire et meilleur que tu pensais.

 

 

 

un point à l’horizon

 

la mort nous quitte. avec elle le sens. nous nous séparons,

simples côtes sans l’onde ou la chair par où les lier.

 

je veux dire : la mort physique nous quitte.

j’ai trente-huit ans. j’ai connu le contact d’un seul front glacé.

 

un seul faciès de marbre baisé pour dix corps rendus sans les voir.

 

l’angoisse polie par l’habitude du côtoiement des morts

reflète, je crois, ce que vous nommez peut-être vérité.

 

telle est la lueur due au charbon de la mort,

et que l’on perd, et qui nous quitte.

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